Traitement du cancer : apprentissage continu

L’obligation de jongler en dévalant la pente sous l’avalanche permet de se parfaire dans l’art de l’organisation.

Il y a tant de choses à dire sur l’expérience du cancer et de son traitement que d’autres en ont déjà abondamment rendu compte.

Cela dit, le cancer est une maladie à ce point personnifiée que dans les moments de face à face on établit avec lui un dialogue unique. C’est une maladie à ce point personnalisée que son expression est elle aussi unique : en prenant sa source dans un dérèglement spécifique du code distinctif de chaque personne atteinte, le cancer lui est propre.

Vous trouverez dans cette section Blog d'autres réflexions glanées au fil du traitement et des mois qui ont suivi.

Deux ans et demi après la fin du traitement, à quoi je pense quand je pense aux conséquences ?

Deuil

En traitement, on est amené à renoncer à une quantité invraisemblable de choses. Selon la nature du cancer : un sein, un organe interne, des cheveux, un emploi rémunéré, une bonne humeur légendaire, son appétit, le goût du sucré, du poivré, la pratique du sport, les volées d’escaliers… Un paquet de choses.

Le moindre changement a une fâcheuse tendance à être perçu comme une perte, à en rajouter une couche. Avouons que perdre le goût du poivré, ce n’est pas bien grave : au contraire, c’est l’occasion d’assaisonner et de savourer les aliments différemment. Mais là n’est pas la question : la rationalisation ne vient que plus tard.

Au bout d’un moment, à force d’enchaîner les renoncements, les pertes, les changements, on finit par être pragmatique : finalement, faire le deuil est la plus efficace des postures, la plus habituelle aussi.

Incertitude et abstraction

Avant le cancer, il ne m’avait jamais traversé l’esprit que la mort pouvait être autre chose qu’une abstraction. La maladie efface brutalement l’abstraction. La mort devient une réalité, dont la seule incertitude tient à la date, qui tend à s’éloigner si on a la chance de voir le traitement porter ses fruits.

Multitâche

L’obligation de jongler en dévalant la pente sous l’avalanche permet de se parfaire dans l’art de l’organisation.

L’annonce d’une maladie mortelle génère une quantité invraisemblable d’éléments à gérer et à organiser : l’interruption de l’activité professionnelle, la baisse des revenus, l’organisation des séances successives de coiffure pensées pour s’adapter progressivement à la perte assurée des cheveux, les nombreux coups de fils à la mutuelle pour régler les problèmes éventuels, le bouclage des dossiers en cours, la recommandation de solutions de remplacement à ses clients si on est indépendant, l’achat de pyjamas, de livres, de séries TV, de musique, et tout cela dans un état de stress invraisemblable. Je vous assure : on finit par développer un art consommé de l’organisation.

Derrière un tel événement, il n’y a ni intention, ni dessein secret, ni sens caché, que des conséquences à mettre à profit.

Je vous laisse avec la bande-annonce d’un documentaire consacré aux mois de traitement de la chanteuse de soul Sharon Jones, décédée en novembre 2016 des suites d’un cancer du pancréas. Un documentaire à voir.




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