Fabrication d’une prothèse mammaire externe : morceaux choisis de dialogue

cancer du sein mastectomie reconstruction

«– Vous êtes attendue dans une demi-heure pour une prise de sang et à xx heures vous avez la visite d'une dame de l'association d'aide aux femmes opérées d'un cancer du sein "Vivre comme avant"...
– Vivre comme avant, vous plaisantez ?
– ... Non...
– Sérieusement, Vivre comme avant ?!
– Mais oui...

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Octobre 2014

«– Arnaud, je voulais te demander : il te serait possible de me fabriquer une prothèse mammaire sur ton imprimante 3D ?
– Bien sûr… Et si ça marche, on pourrait même avoir un business model !

Ils sont comme ça mes amis : généreux et un peu fous.

Nous voilà donc partis pour la création d’une prothèse mammaire externe. Après deux heures de modélisation à trois, nous obtenons un premier prototype à imprimer.

Trop grand. Arnaud et Cha interrompent l’impression. Il va nous falloir un scanner. Les difficultés techniques ne font que commencer mais nous sommes bien décidés à continuer.

Mes motivations sont simples : il est hors de question d’aller m’acheter une prothèse dans un magasin spécialisé et je refuse de céder au désespoir qui semble envelopper la perte d’un sein, plus encore que la réalité mortifère du cancer qui en est la cause.

Août 2013

«– Vous êtes attendue dans une demi-heure pour une prise de sang et à xx heures vous avez la visite d’une dame de l’association d’aide aux femmes opérées d’un cancer du sein « Vivre comme avant »…
– Vivre comme avant, vous plaisantez ?
– … Non…
– Sérieusement, Vivre comme avant ?!
– Mais oui…

L’admission fraîchement complétée, je viens d’avoir ma première conversation au 9e étage de Cavell la veille de ma mastectomie.

Imaginez ma surprise : le ciel m’est tombé sur la tête trois semaines plus tôt, j’ai une tumeur championne du 110 mètres haies, on n’est pas encore sûr que les ganglions soient propres, on est sûr par contre que le sein doit partir, je vais perdre mes cheveux, c’est l’horreur (question de priorités), et on m’annonce que l’humanité opérationnelle a tenu une réunion spéciale afin de statuer sur mon exclusion de la vie fonctionnelle et que, navrée pour moi, elle envoie quelqu’un m’expliquer comment « Vivre comme avant ».

Ça tient du sens de l’humour de ceux qui nomment les maisons de retraite « Le Dernier Espoir ».

Je ne doute pas de l’utilité de cette association ; la dame émissaire était d’ailleurs charmante. Cependant, les têtes de pioche comme la mienne, et je sais que nous sommes nombreuses, on nous la fait pas.

Je ne pensais pas avoir besoin d’une prothèse ; j’étais convaincue de pouvoir me débrouiller avec mes nombreuses écharpes et foulards, mon cache, jusqu’à la reconstruction. Seulement, il y a un mois, j’ai eu ma première consultation chez un chirurgien plasticien, et elle ne s’est pas bien passée.

Octobre 2014

«– Est-ce que vous vous rendez compte que vous confondez reconstruction et mastectomie ?
– Non, mais ça ne m’étonne pas.

J’en suis là.

Alors, on va passer du temps à se pencher sur la fabrication de cette prothèse qui me sera utile. Elle sera orange ou bleue, ou rouge. On va s’amuser et ce sera léger. Pour la lourdeur, le cancer s’en charge. Nous, soyons ludiques.

Et si ça se trouve, on aura peut-être, par la même occasion, créé un business model.




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