#coronavirus Déconfinement, comment ça, plus vite ?

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Si vous êtes indisposés par l'heure tardive, ou hâtive, de la conférence de presse qui a suivi le conseil national de sécurité, je crois que vous refusez de reconnaître la gravité de la situation en critiquant la couleur du papier peint de la salle d'attente.

Il y a autant d’opinions que d’êtres pensants. Certaines qui pullulent, pourtant, sont plus pénibles à entendre que d’autres. Parmi ces opinions, celle qui met en doute la pertinence et l’utilité du confinement, et son corollaire, l’opportunité d’accélérer le déconfinement et de laisser faire la nature.

Je tiens à préciser que je ne vise personne en particulier en écrivant ce billet, tant cette opinion est répandue.

Mettez-m’en quelques centaines de milliers

Une pandémie ce sont des milliards de personnes concernées. Rien que ce chiffre devrait mener à comprendre pourquoi on ne peut pas laisser faire.

Laisser faire la nature comme on laisse faire le trafic routier ou le diabète, ou les artères bouchées, Pourquoi pas ?

Parce qu’on peut l’éviter. Et que le trafic routier (en moindre mesure en ce moment), le diabète et les artères bouchées ne sont pas des épidémies au sens premier. Cette comparaison systématique avec les morts de la route… trahit d’ailleurs la fatalité qui est attribuée à ces causes de décès.

Une société, aussi malmenés soient ses principes, comme on le voit depuis des années avec les sans-abri ou les migrants, s’organise pour protéger le plus grand nombre.

Confinés

Un confinement est conçu pour limiter ce nombre de morts évitables et pour conscientiser la population, l’habituer à de nouvelles normes, lui faire prendre conscience de la nouvelle situation, de la mutabilité de celle-ci.

Déconfinement

Tel que je le comprends, un déconfinement progressif vise à prendre en compte d’autres facteurs, d’ordre économique et de bien-être. C’est faire un calcul entre le risque de décès supplémentaires et le risque qu’entraînent l’enfermement et l’arrêt d’une partie de l’activité économique, et ses conséquences en termes de précarité.

Un déconfinement progressif permet de mettre les chances de notre côté. C’est compter sur le fait que l’on pourra mitiger l’inexpérience de la plupart d’entre nous dans cette situation nouvelle et l’inconscience de certains.

Circulez

Au contraire, concevoir une fin de confinement abrupte en invoquant un ordre naturel c’est ignorer qu’il ne suffit pas de présupposer un plafond de 200.000 morts, voire de 300.000 morts. Et s’il s’en produit 1 million ou 10 millions, voire plus ? Sans contrôle, comme contrôle-t-on la limite ?

Déconfinement : experts et politiques

Je laisse aux experts le soin d’expliquer pourquoi, au-delà de la méfiance du citoyen vis à vis du gouvernement, les décisions avancées par des experts et modulées par le pouvoir politique font sens. Pourquoi d’ouvrir les commerces avant d’autoriser les regroupements familiaux fait sens pour mesurer le comportement de la collectivité dans des conditions contrôlables. Indépendamment de ce que l’on peut penser de la nécessité des commerces de gagner leur vie ou des familles de se revoir en chair et en os.

Vous pouvez répéter ?

En revanche, ce que je reconnais, forte de mon expérience d’ex-malade du cancer, ou de cancéreuse en rémission, au choix, c’est le choc d’entendre les critiques à la fois prôner l’acceptation de la mort et, par voie de conséquence, une fin de confinement plus directe, et se refuser à l’incertitude d’une pandémie aux paramètres inédits.

Le choc d’entendre les acceptants de la mort se refuser à imaginer que la mort pourrait aussi frapper à leur porte ou à celle d’un proche.

Le choc de constater que, dans une société, certains sont prêts à en sacrifier d’autres.

Une acceptation toute relative

Or, le vrai choc n’est pas là, car ce ne sont pas des monstres. Ces acceptants de la mort, en réalité, n’en imaginent pas la matérialisation. Soit le fait, et non l’idée, que, lorsqu’on avance des chiffres, ce sont des êtres humains dont la vie va s’achever, une vie qui aurait pu se poursuivre si la société s’était organisée autrement.

Ce n’est pas accepter la mort, ça, c’est exactement l’inverse. C’est se voiler la face, c’est ignorer que 1 + 1 = 2, pas juste 1 + 1.

Un apprentissage qu’on a fait à la rude quand on a suivi un traitement pour un cancer.

La couleur du papier peint

Je me rappelle mon premier rendez-vous chez la gynécologue-chirurgienne qui allait m’annoncer mon cancer. Elle avait plus d’une heure de retard. Je me rongeais les sangs dans cette salle d’attente, choquée du manque de considération alors que je pressentais que ma situation s’annonçait compliquée.

Ce que j’ignorais c’est qu’au même moment où je me rebellais intérieurement mais néanmoins bruyamment contre cette attente inconsidérée, elle expliquait à deux sœurs d’une vingtaine d’années ce que serait leur traitement pour la tumeur maligne qu’elles avaient toutes les deux.

Si vous êtes indisposés par l’heure tardive, ou hâtive, de la conférence de presse qui a suivi le conseil national de sécurité, je crois que vous refusez de reconnaître la gravité de la situation en critiquant la couleur du papier peint de la salle d’attente.

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Source : @yaaguanto
Source : @yaaguanto



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