Comme Lazare, je ris

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Ces vacances m’étaient nécessaires, pour reprendre mon souffle. Elles sont aussi l’occasion de goûter au vide. Ce vide stérile qui n’est que perte de temps, selon la critique que Lazare adresse à ses congénères. Ce temps qui s’écoule la tête à l’envers, dans un espace ouvert sur le néant, où tout reste à réécrire, à la fois avec délectation et appréhension.

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Je suis en vacances en ce moment. Et j’ai choisi de partir seule, pour me reposer, juste quelques jours. Qu’est-ce que je me fais chier, je ne trouve pas de terme plus châtié. Probablement parce que je suis venue seule. Mais pas seulement. J’ai terminé mes traitements de chimio et de radio il y a 14 mois et depuis lors je n’ai pas chômé, jusqu’à l’épuisement parfois, par crainte de manquer de pratique lorsque je reprendrais mon activité à plein temps, mais pas que. Aussi pour résoudre la question : suis-je encore capable de me concentrer, de repousser mes limites, de créer quelque chose ?

Et puis surtout, tout ce temps creusé par la maladie, comment vais-je l’occuper ? Je ne suis pas seule à ressentir le vide. On peut à la fois s’émouvoir d’un champ de coquelicots et être pris de frayeur à la vue de tout cet espace ouvert. La notion d’espace-temps est intuitivement palpable, je vous assure.

Dans la pièce de théâtre d’Eugene O’Neill « Le Rire de Lazare », ressuscité d’entre les morts, Lazare rit. Je n’ai pas encore lu le texte et les interprétations que j’en ai entendu sont diverses : Lazare rit de ne savoir que faire de sa vie recouvrée ou Lazare reproche aux autres de perdre leur temps en ignorant le sens précieux que la vie porte en elle.

Dans une vie normale, on s’organise, on projette, on se donne l’illusion de la maîtrise, afin de conjurer le hasard et ses aléas. Quand on apprend qu’on a un cancer qui s’entraîne pour le 110 mètres haies, on bascule de registre.

Dans l’après, comme dans le pendant, il n’y a pas qu’une dimension. Le pendant implique de gérer la maladie et le traitement ; l’après impose de combler le néant généré par la maladie et l’exclusivité du traitement. Mais l’un et l’autre ont semé des conséquences. Il faut reprendre la vie à zéro, le sac à dos déjà rempli.

Ainsi, j’ai été très occupée depuis la fin de mon traitement, fin avril 2014. J’ai envisagé une autre activité professionnelle, j’ai lancé un site web avec une amie journaliste, un site que je serai fière de laisser derrière moi si jamais le crabe revenait plus athlétique que jamais. De ce côté-là je suis apaisée : on a bien travaillé, je suis heureuse de ce qu’on a accompli et du travail de longue haleine entrepris, puisqu’on en a encore dans les tiroirs.

C’est l’une des raisons pour lesquelles ces vacances m’étaient nécessaires, pour reprendre mon souffle. Elles sont aussi l’occasion de goûter au vide. Ce vide stérile qui n’est que perte de temps, selon la critique que Lazare adresse à ses congénères. Ce temps qui s’écoule la tête à l’envers, dans un espace ouvert sur le néant, où tout reste à réécrire, à la fois avec délectation et appréhension.

Il y a une chose que j’ai apprise cependant : rien ne sert à rien et tout est hasard ; il n’y a que ce qui est entrepris qui a du sens.




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