Cancer, Alzheimer ou crise cardiaque : quelle est la meilleure façon de mourir ? Mais surtout, on s’inscrit où pour choisir ?

BJM British Medical Journal Richard Smith

« Gardez les oncologues trop ambitieux à distance et arrêtons de dépenser des milliards à vouloir trouver une cure, pour finalement risquer une mort bien plus horrible encore. »

De fait, il est dans la nature humaine d'accepter la disparition des êtres chers une fois arrivés à un certain âge. Dans la descente, les sentiments dégringolent, c'est bien connu.

snoopy & charlie

Mon fil Facebook m’informe (en espagnol) que le médecin et ex-rédacteur en chef de la publication BMJ Richard Smith a écrit un billet de blog (en anglais) qui prône le cancer comme issue privilégiée, pour le temps qu’il octroie au malade de régler ses affaires, de dire adieu à ses proches et de manger un dernier gâteau au chocolat.

Comme on pouvait l’imaginer, cette assertion a soulevé un tollé. Moi, je vais faire ma spéciale et me réjouir de son sens de la provocation et de cette profanation du cancer en tant que paroxysme de la maladie.

Et puisqu’il est ici question de choix : à choisir, je préférerais mourir d’une récidive de mon ex-cancer ou d’un nouveau cancer (pourquoi pas, la malchance c’est comme la foudre, elle peut s’abattre deux fois), que de savoir ma tête partir en attendant que mon corps cède, usé.

Cela dit, la dernière fois que j’ai relu le Guide de l’humain, j’ai eu confirmation qu’on ne choisit pas.

Moi, par exemple, ça ne m’avait pas trop arrangé de faire un cancer en 2013. Je venais de déménager, je n’avais pas encore déballé tous les cartons. Les décès s’étaient succédés dans la famille, ça tombait vraiment mal. Et si ce n’avait été ma bruyante hypocondrie, le moment serait peut-être déjà venu de manger mon dernier gâteau au chocolat, d’écouter une dernière fois les Beatles (mais combien de dernières fois ? parce que la vision de Richard Smith implique une certaine notion de timing à respecter si l’on veut préserver le dramatisme du départ) et de dire adieu à mes proches (là aussi, on ne peut raisonnablement dire adieu à ses proches tous les jours au cas où).

Richard Smith replie son billet en affirmant : « Gardez les oncologues trop ambitieux à distance et arrêtons de dépenser des milliards à vouloir trouver une cure, pour finalement risquer une mort bien plus horrible encore. »

Il est vrai que, face à la certitude de la fin, qu’aucune mesure de préservation à base de jus de betterave ne fera reculer indéfiniment, il n’est pas inutile de concevoir le départ dans les meilleures conditions possibles, d’aspirer à une mort en paix, ce dont sont privés les gens qui meurent d’une crise cardiaque, et leur famille.

Si ce n’est que la recherche permet de sauver des vies encore jeunes… Ou alors on ne sauve plus personne. Ou mieux encore, discriminons et cessons toute recherche sur les cancers des vieux. Et peu importe si ces cancers atteignent aussi des jeunes. Et si cette recherche est transférable à d’autres formes de cancer, tant pis aussi.

Et puis c’est dans la nature humaine d’accepter la disparition des êtres chers une fois arrivés à un certain âge. Dans la descente, les sentiments dégringolent, c’est bien connu. Combien de fois n’avons-nous entendu : « Je l’ai aimé(e) à la folie pendant des années jusqu’à ce que, ayant pris conscience de son grand âge, mon amour s’est progressivement éteint, en même temps que déclinait sa santé. Aussi, quand il/elle est mort(e), je ne l’aimais déjà presque plus. La vie est bien faite. »

On entend ça tout le temps.




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